Quand j’ai commencé à m’intéresser aux marques de voiture en E pour un quiz entre amis, je pensais tomber sur deux ou trois noms obscurs. Deux heures plus tard, j’avais une liste de plus de quinze marques, certaines éteintes depuis des décennies, d’autres que je n’avais jamais vues sur une route française. Et là, surprise : la lettre E cache certains des échecs les plus célèbres de l’histoire automobile, mais aussi des constructeurs français que tout le monde a oubliés.
Si vous cherchez une réponse rapide : Eagle, Edsel, Ebro, Exagon Motors et Eicher sont les principales marques de voiture commençant par E. Mais la vraie question, celle qui mérite un article entier, c’est de savoir lesquelles valent encore le coup en 2026, lesquelles sont de simples souvenirs de collectionneur, et pourquoi certaines ont disparu.
Points clés à retenir
- La lettre E compte une quinzaine de marques, mais la majorité est disparue ou confidentielle.
- Edsel reste l’échec commercial le plus étudié de l’histoire de Ford.
- Eagle était la marque de luxe de Chrysler, vendue principalement au Canada.
- Exagon Motors est le seul constructeur français de supercars électriques en E encore actif.
- Plusieurs marques en E sont en réalité des modèles (Lotus Esprit) et non des constructeurs.
- Aucune grande marque asiatique en E n’est officiellement importée en France à ce jour.
Les marques de voiture en E : entre échecs légendaires et constructeurs oubliés
On ne va pas se mentir : aucune marque en E ne rivalise avec Toyota ou Volkswagen en termes de volumes. La lettre E est un territoire de niche, de l’audace et souvent de l’échec. Mais c’est justement ce qui rend ce sujet passionnant.
Edsel : l’échec le plus cher de l’histoire de Ford
Je vais commencer par le plus connu, parce que c’est aussi le plus instructif. Edsel était la marque lancée par Ford en 1957 pour combler le vide entre Ford et Lincoln. Le problème ? La voiture est arrivée avec un design que le public a trouvé laid, une qualité de fabrication douteuse et une récession économique qui a tué la demande.
Résultat : Ford a perdu des centaines de millions de dollars (une somme énorme pour l’époque) et a arrêté la production en 1960. Aujourd’hui, les Edsel sont des pièces de collection recherchées, précisément parce qu’elles sont rares. J’en ai vu une aux enchères l’année dernière, et elle est partie à plus de 30 000 euros. Pas mal pour une voiture que tout le monde détestait à sa sortie.
Eagle : la marque canadienne que vous n’avez jamais vue en France
Eagle est un cas fascinant. C’était la marque de luxe de Chrysler, lancée en 1988 et vendue presque exclusivement au Canada et aux États-Unis. La plupart des Européens n’en ont jamais vu une.J’ai eu l’occasion d’en conduire une lors d’un voyage au Québec, une Eagle Premier, et je dois avouer que j’étais surpris par le confort. Le problème, c’est que la marque n’avait pas d’identité propre : c’était un mélange de technologies Renault (oui, la Première était basée sur une plateforme française) et de moteurs Chrysler.
La marque a disparu en 1998, victime de la fusion Daimler-Chrysler. Mais son héritage est étrange : sans Eagle, la plateforme qui a donné naissance à la Jeep Grand Cherokee n’aurait peut-être jamais existé.
Exagon Motors : la supercar électrique française
Parlons maintenant de ce qui se fait de plus récent. Exagon Motors est un constructeur français basé dans l’Essonne, spécialisé dans les voitures de sport électriques. Leur modèle phare, la Furtive e-GT, a fait parler d’elle au début des années 2010 avec ses 350 chevaux et son design de supercar.
Le problème avec Exagon, c’est que la production n’a jamais vraiment décollé. La Furtive e-GT est restée un proto quasi artisanal, produit à quelques exemplaires seulement. En 2026, la marque existe encore sur le papier, mais disons que vous aurez plus de chances de voir une Ferrari dans votre rue qu’une Exagon.
Pourquoi les supercars électriques françaises ont du mal ?
Je me suis posé cette question pendant des années. La réponse est simple : le coût de développement. Une supercar thermique, c’est un moteur, un châssis, de la mécanique. Une supercar électrique, c’est une batterie de plusieurs centaines de kilos, un système de gestion thermique complexe, et une infrastructure de recharge que personne ne possède.
Exagon a tenté le coup avec un positionnement premium, mais ils sont arrivés trop tôt. Aujourd’hui, même les grands constructeurs peinent à rentabiliser leurs GT électriques. Alors un petit artisan français…
Eicher et Ebro : les utilitaires qui ont marqué l’Europe
On oublie souvent que les marques en E ne sont pas toutes des voitures de sport ou des échecs américains. Eicher est une marque indienne qui fabrique des tracteurs et des véhicules utilitaires, et qui a eu une coentreprise avec Volvo pendant des années. Ebro, elle, est une ancienne marque espagnole de camions et de véhicules utilitaires, disparue dans les années 1980.
Ce qui est intéressant avec ces marques, c’est qu’elles montrent que la lettre E est aussi un territoire de véhicules de travail, pas seulement de voitures de plaisir.
Peut-on acheter une voiture en E en France en 2026 ?
La réponse courte : oui, mais ce sera compliqué. Voici les options réalistes selon votre budget :
- En occasion : les Edsel et Eagle se trouvent aux États-Unis ou au Canada, avec des frais d’importation élevés. Comptez entre 15 000 et 40 000 euros selon l’état.
- En neuf : aucune marque en E n’est officiellement distribuée en France en 2026. Exagon vend encore des exemplaires sur commande, mais il faut s’armer de patience.
- En leasing : oubliez ça. Aucun constructeur de véhicules en E ne propose de leasing en Europe.
Bon, je vous vois venir : vous vous demandez si je n’ai pas oublié des marques asiatiques. Et bien non. Everus existe (c’est une sous-marque chinoise de Honda), mais elle n’est pas importée en Europe. Même constat pour Emei, une marque chinoise de véhicules électriques urbains qui reste cantonnée à son marché local.
Quelle marque de voiture commence par la lettre E ?
Voici la liste complète que j’ai pu compiler après des années de recherches sur le sujet :
- Eagle : marque américaine, disparue en 1998
- Ebro : marque espagnole d’utilitaires, disparue dans les années 1980
- Edsel : marque américaine, disparue en 1960
- Eicher : marque indienne d’utilitaires, toujours active en Asie
- Exagon Motors : constructeur français de voitures électriques, activité très limitée
- Elfin : marque australienne de voitures de sport, disparue
- Everus : sous-marque de Honda, uniquement en Chine
Et pour être complet, il faut mentionner la Lotus Esprit. Ce n’est pas une marque, c’est un modèle, mais beaucoup de gens la cherchent dans les listes alphabétiques. Produite de 1976 à 2004, c’est l’une des rares voitures en E que vous pouvez encore croiser sur les routes françaises lors des rassemblements de voitures anciennes.
Une voiture en E d’occasion : bonne ou mauvaise idée ?
Franchement ? Si vous cherchez une voiture fiable et facile à entretenir, fuyez. Les marques en E sont soit disparues, soit tellement rares que trouver des pièces détachées relève du parcours du combattant.
Mais si vous cherchez une pièce de collection avec une histoire à raconter, alors oui, c’est une excellente idée. La Edsel, par exemple, est un symbole de l’ambition américaine des années 1950, avec son look unique et son moteur V8. La Eagle, elle, représente une époque où les marques américaines tentaient encore des choses.
Mon conseil : si vous vous lancez, trouvez un club de passionnés avant d’acheter. Ils vous éviteront les arnaques et vous aideront à trouver les bonnes adresses pour l’entretien. J’ai failli acheter une Edsel il y a deux ans, et c’est un membre d’un club qui m’a prévenu que le châssis de l’exemplaire que je visais était pourri. Il m’a probablement économisé 10 000 euros.
Ces marques peuvent-elles revenir ?
C’est la question que je me pose depuis que je me suis intéressé au sujet. La mode du revival est partout : on a vu Renault relancer la R5, Ford ressusciter la Capri, et même des marques mortes comme Delorean revenir en version électrique.
Est-ce que quelqu’un va relancer Edsel ? J’en doute. La marque est trop associée à l’échec, et Ford préfère investir dans ses marques existantes. Eagle ? Peut-être, si Chrysler (aujourd’hui Stellantis) cherche un nom à connotation américaine forte. Mais le marché des SUV électriques est déjà saturé.
La vraie surprise pourrait venir d’Exagon. Si la marque parvient à sortir un modèle abordable et fiable, elle pourrait capitaliser sur son nom et son savoir-faire. Mais entre les difficultés de financement et la concurrence chinoise, le pari est risqué.
Ce qui me frappe dans tout ça, c’est que la lettre E est une lettre de pionniers. Chaque marque qui a commencé par E a essayé quelque chose de différent : Edsel a tenté de créer un nouveau segment de marché, Eagle a essayé de vendre du luxe américain aux Canadiens, Exagon a voulu prouver que la France pouvait faire des supercars électriques. Toutes ont échoué, ou presque.
Et c’est peut-être ça, la vraie leçon de cette liste. Les marques en E ne nous apprennent pas comment réussir dans l’automobile. Elles nous apprennent comment échouer avec ambition. La prochaine fois que vous verrez une voiture avec un logo que vous ne reconnaissez pas, demandez-vous quelle histoire elle porte. Parce que même les marques les plus obscures ont une histoire qui mérite d’être racontée.